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Article 222-32

Article 222-32

 « L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende. » Code pénal

Voici en guise de salutations à ceux d’entre vous qui partent en vacances, une nouvelle inédite de Marc Dannam, intitulée Article 222-32, justement

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« 12 juillet – patrouille le long de la route des Anglais…

Fréon, notre nouvelle recrue appartient à une catégorie de collègues et de subordonnés que j’espérais ne plus jamais rencontrer. Quand je pense qu’ils se trouvent des esprits chagrins pour dire que le niveau des concours a trop monté, ou que nous ne recrutons plus que parmi les recalés de l’enseignement, ils n’ont pas vu Fréon !

Le pauvre petit bonhomme a l’air de venir tout droit de sa campagne, à l’ancienne, une belle trogne couperosée, les cheveux bien peignés avec un épi rebelle sur le dessus, le col de la chemisette et la cravate qui étranglent son cou rougeaud. C’est presque trop beau. Et c’est moi qu’on a chargé de lui faire « comprendre le boulot ». Il va comprendre.

Je vais devoir le mettre dans le bain. Le bain, comme c’est amusant ! Évitons de rire, il pourrait croire que je me fiche de lui, il aurait raison. Je gare la Clio sur le parking du Balto, entre les camping-cars hollandais et les Mini des petits merdeux de l’arrière-pays.

Et toi mon petit, tu vas aussi en voir du pays.

Nous laissons la voiture. En marchant sur le chemin sablonneux, je donne quelques consignes à Fréon. Avec lui j’ai pris l’habitude de parler lentement et fermement. Je sais bien que dans l’ensemble il doit comprendre ce que je dis, mais je tiens à continuer à l’impressionner. Et puis j’ai déjà eu parfois quelques surprises avec lui, certains mots apparemment simples lui échappent complètement.

J’aurais voulu voir sa copie d’examen…

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Nous nous arrêtons au bout du chemin, face à la mer. Je lui désigne une vaste étendue de dunes sur notre droite.

-Bon Fréon, un peu d’initiative, je vous lâche en solo. Vous allez patrouiller dans ces dunes là, il arrive que des jeunes de la région s’y cachent pour consommer des substances illicites, ayez l’œil. Et n’hésitez pas à sévir !

Fréon, plus rougeaud encore au grand soleil, opine du chef, visiblement mal à l’aise au milieu de cette plage encombrée de baigneurs et de naïades en bikinis. Il me salue réglementairement et s’en va dans la direction que je lui ai désignée. Je n’avais pas encore remarqué sa démarche, il se dandine en balançant ses bras simiesques. Des allures de garçons de ferme mal dégrossi : la chemise de son uniforme est déjà auréolée de sueur et son pantalon réglementaire semble avoir été taillé pour un homme deux fois plus mince. Nous allons bien rire. Je fais mine de m’éloigner vers la gauche puis, dès qu’il a disparu, je reviens m’installer à l’ombre d’un petit bosquet et j’allume une Gitane.

Il n’y a plus qu’à attendre.

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Et cela ne traîne pas.

Je le vois apparaître au sommet d’une dune, très agité il dévale la colline de sable en courant vers moi. Je me suis retiré de mon coin d’ombre pour l’attendre, digne, dans cette position de commandement qui inspire la crainte des subalternes.

-Eh bien mon ami ?

Le Colonel n’aurait pas été plus élégant.

Mon « ami » Fréon, le souffle court, le visage cramoisi, la chemise débraillé, l’œil injecté de sang, essaie de me parler, mais les mots visiblement se bousculent dans sa gorge, à moins que son pauvre cerveau n’ait quelque difficulté à les ordonner…

-Chef, chef, là-bas, dans le trou…

-Le trou ?

-Dans la dune, il y a un trou, comme une sorte de clairière, mais en sable, un trou quoi…

-Admettons, eh bien ?

Il ne sait pas par quel bout commencer son histoire, dont je connais déjà le moindre détail, depuis le temps que je patrouille ici. Mais je ne fais aucun effort pour l’aider à la formuler et à décrire les spectacles forcément extraordinaires – pour lui, pauvre benêt – dont il a été le témoin.

-Dans le trou, là-bas, j’ai surpris un groupe d’individus, des hommes, des individus quoi, en tenue de… enfin… sans tenue. Des hommes, que des hommes, et tous nus, tous. Sauf votre respect. A poil comme on dirait chez nous.

-Des hommes nus, bien, et que faisaient-ils ces hommes nus ?

Ma question trouble au plus haut point l’ami Fréon, qui cherche désespérément ses mots.

-Ils étaient tous tous nus, en cercle, comme pour jouer au ballon, mais c’est pas au ballon qu’ils jouaient. Ils… Ils faisaient leur affaire.

-Ils faisaient quoi ?

-Leurs affaires, enfin, ils la secouaient…

-Fréon je ne comprends rien à ce que vous me racontez.

Il se dandine même lorsqu’il est immobile. Je devrais m’y faire. Il se balance d’un pied sur l’autre, ses deux mains tendues, paumes ouvertes vers le ciel, comme s’il en attendait un miracle. Il fuit mon regard.

-Ils se secouaient quoi, comme qui dirait qu’ils se branlaient comme on dit chez…

Je le coupe.

-Vous direz désormais qu’ils pratiquaient la masturbation. Quand on se « secoue » comme vous dites, cela s’appelle se masturber. C’est le mot que vous emploierez dans votre rapport.

Fréon ne semble pas m’avoir entendu, il est encore tout entier embarrassé par ce qu’il vient de voir et qu’il voudrait me raconter, comme pour s’en libérer.

Je l’aide un peu, sinon il va exploser le pauvre. Au moins il ne m’impose pas le spectacle abject et terrifiant d’une érection gonflant son pantalon d’uniforme, comme ce jeune stagiaire que nous avions eu l’année dernière.

-Mais c’était rapport aux deux autres qu’ils se massaient, se mastur-comme on doit dire. Et ça y allait, il y’en a qui étaient plus rapides que d’autres, et qui giclaient déjà…

-Ejaculaient !

-…

-Quand on « gicle », comme vous dites, ça s’appelle une éjaculation.

-Ha !

Plus rien ne semble l’atteindre. Il poursuit, anxieux d’en venir au fait et de bien me raconter la suite avant que le spectacle ne se soit effacé de sa mémoire.

-C’est rapport aux deux individus au milieu, dans le sable. Tous nus aussi, un homme et une femme. En train de faire des cochonneries, ha ça… Et des belles…

Il ne s’arrête plus.

-La femme toute nue, à quatre pattes, les seins qui ballotaient dans le sable et son gros cul bien tendu, avec un grand gaillard qui la besognait en râlant, et en lui donnant des grandes claques dans les fesses – qu’elles devenaient rouges, avec les claques et les coups de soleils. Et les autres qui s’approchaient pour lui gicler dessus, enfin pour lui jaculer dessus, et qu’elle braillait, et qu’elle braillait…

Je stoppe son élan !

-Article 222-32 du code pénal, sans aucun doute.

Fréon me regarde, l’œil soudain vide, rappelé brutalement à son rôle de gardien de la loi et de la paix civil. Soudain silencieux, il se redresse, presque au garde à vous.

-Que vous a-ton appris à l’école de gendarmerie ? Article 222-32, « L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende. »

-Ha ! Je ne connaissais pas, chez nous on arrêtait bien des poivrots qui se chamaillaient à la fin des bals, mais pas des gens qui faisaient de…

-De l’exhibition sexuelle ! Mais dites-moi mon ami. Vous avez laissé faire, vous n’avez pas verbalisé, vous ne m’avez pas ramené ici les contrevenants…

 

Il se trouble un peu plus encore.

-C’est que la femme, une belle fille grasse, avec des gros seins blancs, quand elle a fini de brailler, elle s’est retournée. Et j’ai eu comme un choc…

-Un choc, allons, allons mon ami, rien ne choque un gendarme..

-Elle s’est retourné vers l’autre individu, celui qui la besognait, et qui sauf votre respect, lui tendait son affaire, bien dure, bien humide, bien rougeaude, bien luisante. Et là, elle te l’a prise bien en bouche, on ne voyait que ça, sa bouche, elle avait les cheveux en bataille qui lui tombaient sur le visage… Et elle s’est mise à l’avaler, et que je te suce, et que je te suce, en relevant sa frange. Et là ! Ha ça quel choc !

-Allons Fréon. Vous n’avez donc pas reconnue une fellation ?

-Fellation ? Connais pas, mais j’ai bien cru reconnaître votre femme !

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